Hello hello ♡
J’espère que vous allez bien.
Suite à l’annonce de ma grossesse (Je vais être maman – Le Carnet de Romane), j’ai pris le temps de retracer mon premier trimestre, car je dois bien l’avouer, il était… surprenant.
Lorsque l’on parle de la grossesse, et surtout du premier trimestre, j’ai remarqué qu’il y a souvent une sorte de voile qui s’immisce dans la conversation, des non-dits sous couvert de protéger la future maman. « Chaque grossesse est différente ».
La dualité d’une période charnière
Je dois bien l’avouer, je n’ai jamais vraiment réfléchi à ce qu’impliquait concrètement être enceinte. Je veux dire, jour après jour. Avec le recul, je pense que c’était très sûrement par protection ou par envie de ne pas savoir vraiment, en cas de côté négatif, ce par quoi j’allais passer.
Alors, j’ai préféré garder la vision d’une période comme une parenthèse enchantée, un secret que l’on garde précieusement avant qu’il ne soit dévoilé au monde entier. C’est un peu comme une sorte de jeu d’enfant dont tout le monde a fait l’expérience et garde un super souvenir. Une expérience mythique, incontournable.
Pourtant, la réalité de mon premier trimestre a été tout autre. Un paradoxe violent qui me faisait chaque jour m’interroger sur mes limites face à ce choix (si magnifique soit-il) que j’avais fait.
D’un côté, un corps incroyable, capable de créer une vie humaine. À y repenser, ce corps que j’ai si souvent maltraité à coup de jeans trop serrés n’est pas vraiment rancunier d’ailleurs. Parce que, je vous le demande, comment ? Comment ce corps d’1m60 est-il capable de si grandes choses ?
Et de l’autre, la douleur, les peurs, la maladie, l’incompréhension des autres, la solitude… Un mélange d’émotions brutes, inconnues, qui nous mettent mal à l’aise. Et surtout une question : est-ce que je suis la seule à vivre ça ? Je ne peux pas le croire. Alors pourquoi ne pas en parler ?
Dans cet article, j’avais envie de retracer avec vous les différentes étapes par lesquelles je suis passée, mais surtout parler à cœur ouvert des difficultés que j’ai vécues, car elles peuvent arriver et je trouve qu’il y a encore trop peu de témoignages sur le sujet.
Le calme avant la tempête
Tout commence par ce moment irréel : un test, deux traits, et un souffle coupé. Une joie immédiate, couplée à une peur immense. Après l’avoir appris le 10 décembre, nous avons vécu sur un nuage, à l’écart des autres, en gardant ce secret si précieux qui grandissait en moi.
Puis vient Noël. L’une de mes fêtes préférées avec Halloween, qui a toujours fait rayonner la magie de l’enfance en moi. Peut-être encore plus cette année, car cette fois la magie est vraiment en moi, nichée au creux de mon ventre.
Entre la salle à manger et la cuisine, j’alterne entre conversations et vérification d’usage des produits utilisés (« est-ce que c’est bien pasteurisé ? », « Le roquefort c’est non, mais la crème de roquefort… ? »).
C’est un moment hors du temps, où nous avons la chance de pouvoir profiter avec nos familles, une dernière fois, avant que tout change. Car l’an prochain, nous serons trois et il faudra commencer les compromis.
Je me sens bien pour l’instant. Nous sommes le 25 décembre.
Et soudain, tout change
26 décembre, début de la 6ème semaine, entraînant avec elle celles que je garderai longtemps comme mes plus proches conseillères : j’ai nommé mes copines les nausées.
Une semaine de descente aux enfers : impossible de me lever, obligée d’annuler les événements familiaux en prétextant des migraines (heureusement que j’y suis sujette et que ça n’alarme pas les foules !). Les nausées m’accompagnent du matin au soir.
C’est tellement rude que je ne peux ni travailler, ni quitter le lit. Nous faisons même chambre à part à cause de mon binôme le ventilateur qui souffle -75 °C dans notre chambre. Même Yuna, notre petite minette, attrape la crève en restant fidèlement à mes côtés.
Le 31 décembre, je suis à bout de forces. Je n’ai pas mangé ni bu depuis plus de 48 h sans vomir, je ne tiens plus. Nous partons aux urgences afin de faire un check-up, en espérant que les médecins pourront trouver une solution pour m’apaiser.
Mais alors que tout se déchaîne autour, nous nous retrouvons quelques minutes plongés dans l’œil du cyclone : nous entendons pour la première fois ton cœur battre. Toi, si petit(e) sur l’écran, tu n’es même pas encore un bébé… Et pourtant, c’est comme si tout mon corps avait fait silence des maux pour quelques instants, le temps de te voir. Un moment suspendu, où je ne ressens plus les maux qui étaient les miens et qui nous tiendra en attente jusqu’au 6 janvier, date de l’échographie de datation.
Accalmie de courte durée, janvier devient le mois le plus long de ma vie. Alors déjà que chaque année, il semble durer le double ou le triple de 31 jours, cette année a une saveur particulièrement amère.
Je découvre la solitude de celles qui souffrent dans l’ombre. Je perds 10 kilos en un mois. Je ne peux plus boire, plus manger, plus tenir debout. Mon univers se réduit à la distance entre mon lit, mon bureau et la salle de bain. Lorsque je ne travaille pas, je profite de chaque instant pour dormir et apaiser mes nausées. Et c’est là que le combat devient aussi psychologique.
Tout le monde dit que la grossesse doit être annoncée au plus tard, « au cas où ». Et pourtant, c’est ce silence qui nous emprisonne alors même que physiquement, je suis au plus mal. Il n’y a pas pire sensation que de devoir mentir ou cacher la vérité aux gens que l’on aime et qui nous veulent du bien. Pourtant, le choix est cornélien : se taire et souffrir en silence, ou le dire et prendre le risque de rendre plus de deux personnes tristes. Vu mon état, nous avons préféré mettre au courant certains de nos proches (ma maman notamment), car il devenait de plus en plus dur de gérer seuls.
Le 21 janvier, le point de rupture arrive. Après une nuit de fièvre, mon corps lâche. De nouveau rendez-vous aux urgences sans passer par la case départ. C’est l’hospitalisation. Et pourtant, quel soulagement. On s’occupe enfin de moi, on me réhydrate, on vérifie que ce petit être, lui, tient bon. Deuxième échographie de contrôle, tout va bien pour bébé. Pour moi, c’est plus compliqué car nous ne savons pas d’où vient l’infection. J’ai le droit de rentrer à la maison sous antibiotiques, avec un passage tous les deux jours à l’hôpital pour des prises de sang de contrôle durant une semaine et une hospitalisation plus longue si les taux continuent de monter.
Au final, plus de peur que de mal. Je commence le mois de février sous traitement mais toutes les analyses sont bonnes. Le plus compliqué était de se heurter à la dureté du monde médical. Durant le mois de janvier, j’ai vu quatre médecins. J’étais déshydratée, affaiblie, souffrante, et pourtant, je ne « rentrais pas dans les cases ». Le premier doute, le deuxième minimise, le troisième hésite, le quatrième en est sûr. Il faudra attendre février pour qu’un mot soit enfin posé : Hyperémèse gravidique. Trois comprimés de Cariban par jour deviennent alors mon seul horizon, sans pour autant me rendre ma vie : je suis arrêtée par l’hôpital et dois surveiller mes repas et surtout ma quantité d’eau pour garantir ma santé.
Mi-février, nous voyons enfin notre bébé. L’échographie du T1 est une merveilleuse parenthèse aussi.
Et la joie au milieu de tout ça
Et la palme de la bipolarité, c’est qu’au milieu de ce naufrage physique, il y a les annonces officielles à nos familles. Alors que je suis à bout de forces, je n’ai qu’une hâte : tenir debout pour l’annoncer aux gens que j’aime et qui m’aiment. Chez nous, c’est la naissance d’un demi-dieu ou d’une demi-déesse : premier petit-enfant, premier arrière-petit-enfant, premier cousin, premier petit-cousin. De mon côté comme de celui de mon amoureux. Autant dire : pas du tout de pression ni de stress !
Mais c’est aussi ça qui est magique. Avoir la force de puiser à l’intérieur de soi pour réussir à trouver une manière de l’annoncer à son image, mais surtout à l’image de nos relations. Et les annonces ont été tellement variées. Pour mes parents, mon frère et ma sœur, nous avons profité d’un repas en début d’année pour faire notre rituel du passage d’année : un jeu à gratter. Sauf que celui-là était un peu particulier car il annonçait « bébé arrive bientôt ». Et croyez-moi, ils ont gagné beaucoup plus que 100 000 € ce soir-là !
Pour ma belle-famille avec laquelle nous avons l’habitude de passer le mois d’août, l’annonce était plus mystérieuse. Et bien oui, bébé étant prévu pour fin août, les vacances sont compromises cette année. Nous avons donc tiré le fil de cette histoire pour annoncer que nous ne pourrions malheureusement pas descendre (mais qu’eux devraient monter). Pour mon beau-père, la découverte d’une bouteille « Cuvée des grands-pères 2026 » l’a sonné plus que la marche (si tu parles d’un coup, on dit « la baffe » ou « le choc », mais si c’est une expression régionale, je l’ai laissée) qu’il avait prise derrière la tête deux heures auparavant. Et cela n’est qu’une infime partie de l’amour et du bonheur que nous avons reçus lors des différentes annonces.
Ce que je retiens de mon premier trimestre
On idéalise énormément le premier trimestre sur les réseaux sociaux. On filme des annonces mémorables, on rit des nausées « matinales » une fois qu’elles sont finies. Mais on parle trop peu de la détresse psychologique et physique qui peut s’installer.
Ce premier trimestre a été le moment où j’ai été la plus faible, la plus vulnérable, et la plus seule face à une société et un système médical qui manquent parfois cruellement d’empathie pour les maux de la grossesse (« t’es enceinte, t’es pas malade ! »).
Si je devais résumer cette période en une phrase : devenir mère, pour moi, ce n’a pas été une éclosion douce, mais une initiation par le feu. Mais ce qui m’attend est merveilleux, et le deuxième trimestre a finalement vite pointé le bout de son nez (pour ma plus grande joie) !!
Heureusement, après la tempête vient l’accalmie. Le 28 février dernière, mon deuxième trimestre a commencé et les couleurs reviennent enfin.
Je savoure chaque instant de ce renouveau, et je ne manquerai pas de vous raconter ce chapitre très bientôt !
À très vite,
Romane


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